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Une normalité en dehors de toute norme ? Edoardo Ghidelli

par | 31 août 2020

Chaque crise recèle un potentiel de changement et de développement. Mais toute crise comporte aussi le risque de la persistance, voire de la régression ; on revient au final à l’ancienne normalité et l’on fait comme si rien ne s’était passé. Ce cas de figure est le plus fréquent, car souvent considéré comme plus facile. En effet les systèmes, que ce soit les personnes, les entreprises ou les sociétés, réagissent au changement par la peur et l’attentisme. Le changement et le développement nécessitent une volonté de changement et surtout, plus d’énergie.

Tant le changement/développement que la persistance/régression ont un coût et offrent un bénéfice. Quel prix sommes-nous prêts à payer et quels avantages voulons-nous en retirer ? Grâce à la pandémie de Coronavirus, nous nous trouvons en situation de crise et nous pourrions, nous pouvons décider de ne pas revenir en arrière. L’impulsion est là.

Comment dérouler ce potentiel de la bonne manière ? En posant préalablement, en plus de cette impulsion, certaines conditions-cadre au changement et au développement : le besoin de changement, un objectif, des éléments stabilisateurs, des partisans et des personnes – ou, dans les sociétés, des groupes – susceptibles de guider et de faciliter le processus de changement et de développement.

Au cours d’une conversation avec un collègue, nous avons pris conscience que nous sommes, en tant que société, dans la phase de déni d’un processus de deuil selon Kübler-Ross (Kübler-Ross E. : on death an dying, 2014 Scybler USA). Autrement dit dans la négation (denial) de la réalité, qui intervient juste après le premier choc.

Cette phase est attachée à l’illusion que nous pouvons revenir à l’habituel. L’industrie est soutenue par le chômage partiel, l’aviation par des subventions, les grandes banques par la renonciation aux taux d’intérêt négatifs et aux garanties de l’État, l’industrie automobile par des primes pour les nouvelles voitures. Nous attendons que nos enfants puissent à nouveau rendre visite à nos parents en maison de retraite. Nous avons même lu des appels à retourner au travail, malgré la menace pour la vie de personnes vulnérables, afin que l’économie puisse prospérer. Nous voulons revenir à la liberté individuelle, placée au-dessus du bien-être collectif. Nous voulons résoudre la question de savoir si les chauves-souris sont à l’origine du virus, avec l’espoir associé de le maîtriser. Nous voulons le retour de la libre circulation des marchandises et le rétablissement des frontières nationales pour les personnes. Cette liste pourrait s’allonger à volonté.

Le prix que nous payons tous, en continuant sans changement, est d’entretenir un système dans lequel tout est subordonné au marché, à l’économie. Un système dans lequel une poignée deviennent riches et beaucoup deviennent pauvres, dans lequel certains sont sacrifiés pour que d’autres restent dans l’opulence, dans lequel beaucoup se renient eux-mêmes ou vivent de manière telle qu’ils ne se supportent plus, dans lequel les ressources sont pillées et l’environnement est dévasté.

Réunissons-nous, utilisons la crise comme courroie de transmission et offrons-nous le cadeau d’un changement de fond. On parle beaucoup de l’ère du Verseau, du nouveau paradigme, de l’ancien ordre qui doit être aboli. Entrons dans un dialogue commun sur le monde que nous voulons laisser à nos enfants et aux enfants de leurs enfants.

Pour ce faire et en suivant Kübler-Ross, il faudrait commencer par admettre et accepter que beaucoup de choses n’ont pas évolué dans le bon sens ces dernières années, même si nous avons fait mieux que jamais auparavant et vivons confortablement. Il faudrait ensuite engager un dialogue ouvert pour faire émerger les possibles en termes de vie en commun, d’ordre économique et social et de relations avec la nature. Nous pourrions alors expérimenter ensemble et déployer ce nouvel ordre de manière à faciliter le processus de prise de conscience et d’intégration aux niveaux individuel, groupal et sociétal.

Nous pourrions n’être au début d’une crise durable – et non à la fin d’une perturbation ponctuelle comme beaucoup semblent le penser. En niant cette réalité, il est très difficile, voire impossible, de penser à la transformation, au développement. C’est pourtant exactement de cela qu’il s’agit. Avançons vers l’acceptation et engageons-nous ensemble sur la voie d’une société au service de la vie et des vivants.

Rassemblons-nous en tant que groupe, en tant que société, et soutenons la transformation vers la dissolution des frontières entre Toi et Moi. Comprenons et sentons que nous sommes toutes et tous dans le même bateau (peut-être déjà en train de couler) et que nous ne pouvons survivre qu’ensemble, parce que je dépends de vous, vous dépendez de moi et nous dépendons du monde entier, réfugiés, vieux, étrangers, nature et animaux compris !

 

Tina et Edoardo

…et Anny pour la traduction française.

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